Locked Groove est terme argotico-technique désignant l’utilisation aussi pratique que subliminale d’un sillon silencieux à la fin de la face d’un vinyle. Une boucle parfaite, sans faille, sans fin. Locked Groove, c’est aussi le moniker du malicieux Tim Van De Meutter, nouvelle recrue de Hotflush, venue du plat pays et petit protégé de Mr. Paul Rose – AKA Scuba -. Ce dernier lui avait même réservé son heure de gloire sur son fièvreux DJ Kicks, l’occasion pour nous de découvrir un titre Techstep foutrement efficace nommé Drowning.
Nous sommes le Lundi 16 Janvier 2012, il est 5h37 du matin. Morphée est une salope… Salope qui ne fait pas si mal les choses puisque c’est aujourd’hui que sort la dernière production Hotflush. « Enfin une bonne nouvelle ! » me dis-je alors que la lune, moqueuse, me nargue. J’aurai vraisemblablement tout le temps nécessaire pour disséquer les sillons binarisés et échantillonnées « 320Kbps but it’s still mp3, hey what did you expect, you dumbfuck ? » des trois tracks qui s’offrent à moi sans décorum, avec la docilité d’un oiseau privé des ses ailes. Plus une minute à perdre, j’enfile mon casque, et « balance le ceau-mor direct », trêve de préliminaires !
Rooted: Quelques secondes plus tard, pupilles dilatées, poils hérissés, j’observe pantois une légère bruine de perles météoriques, fragments stellaires ruisseler sur mon épiderme. Putain que c’est beau !
Je sens en moi l’agressivité et l’anxiété céder lentement comme le tartre des chiottes publiques sous l’effet du White Spirit ©… Un sourire d’héroïnomane se hisse timidement sur mes lèvres. Putain que c’est beau !
Mes connexions synaptiques soudainement submergées d’endorphine, de dopamine… Progressive envolée de nappes éthérées, placentaires puis le battement vital, l’ultime refuge du raver mystique cotoyant le néant – ou du mec en manque de sommeil – un implacable four-to-four qui s’immisce dans mes veines à pas feutrés… Le Flash, je glisse. Tout s’arrête. Je suis sans voix, 9 minutes ? 9 minutes, déjà ? Impossible, et pourtant… Putain que c’était beau…
Drowning: Je reprends mes esprits, hébété. Je suis vite sorti de ma torpeur par l’arrivée virile d’une rythmique cuivrée et généreusement bassée. Je décris le contour de la pièce revenue à la normale… Tout s’accélère, tout s’emballe et fout le camps, implacable. Boom !
Le souffle court, l’œil torve, je sens monter en moi un magma noir, de haine et de violence… Pris à la gorge par une étreinte meurtrière, je lutte et tente de chasser de ma tête les démons qui y festoient à l’unisson. Mon rythme cardiaque frénétiquement calqué sur le BPM. Boom, boom, boom !
Les résonnances dubbées, faites lames de rasoir me chatouillent la jugulaire tandis qu’un poing féroce et primitif martèle ma poitrine. Malgré cela, je souris, je ris de ma souffrance, pantomime masochiste – Headbanging et rictus guerrier en guise de chorégraphie -. Après réflexion je me dis que Paul Rose est un bourreau sacrément doué pour dénicher de nouveaux instruments de jouissance collective… Euh de souffrance collective… BOOM !
Change: Un quick check à l’heure, merde ! Je suis à la bourre… Mais c’est impossible ! Combien de temps suis-je resté ainsi en lévitation entre oubli et apesanteur ? Un quick check au nombre de lecture des tracks, merde ! 5 écoutes… Incroyable ! A l’heure actuelle je ne sais toujours pas si je me suis endormi, évanoui ou évaporé. Une seule certitude, je me suis rarement senti aussi bien que scotché à ce Locked Groove hypnotique, mon corps enraciné dans les sillons de cette boucle infinie. Boucle de laquelle on observe, extatique, l’univers tourner autour de soi, de laquelle on observe, incrédule, un Extended Play d’à peine 22 minutes railler la finitude de l’homme.
Tracklist
1. Rooted 2. Drowning
3. Change
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http://www.facebook.com/people/Matthieu-Mamba-Guilloux/100001272134485 Matthieu Mamba Guilloux
