Puissiez-vous pardonner mon silence prolongé, voici ma confession et peut-être même de quoi détendre vos zygomatiques accusateurs. Lakker, jeune duo venu d’Irlande formé de Ian McDonnell & Dara Smith, revient plusieurs mois après la sortie de l’excellent Spider Silk – E.P avec un nouvel opus signé chez Blueprint Records nommé Arc – E.P. Agiles bidouilleurs et spéléologues avertis nos deux larrons n’ont de cesse d’arpenter la faille, si ténue soit-elle, entre Dubstep, Techno et Electronica, et ce, depuis leurs premières free releases sur Bandcamp.
Aussi trendy et futile que cela puisse paraître dans l’actuelle turgescence du « Cross over made in UK », le binôme vise juste en préférant l’authentique à l’éphémère, esquivant les écueils du grand chaudron Bass Music où copulent presque indistinctement virtuoses et imposteurs. Smith et McDonnell font ici de la Techno, que les choses soient claires! Mais là où réside tout l’attrait de leur démarche, c’est qu’ils osent s’aventurer sur des sentiers que fougères et ronces ont depuis trop longtemps recouverts, ceux de l’IDM, de l’Electronica Warpienne, ces mêmes sentiers que leurs légendaires aïeuls, Micheal Sandison et Marcus Eoin avaient marqué de leur empreinte indélébile. On pense également à Rob Brown et Sean Booth qui auraient, pour une fois, régulé leur consommation de substances lysergiques. Voilà pour l’apéritif.
Nous pourrions sans aucun doute débattre indéfiniment de l’exactitude des parallèles tracés plus haut – Autour d’une tasse d’Irish coffee? Oui pourquoi pas! – mais là n’est pas l’idée, le corps, le coeur de cette review! Non, Arc – E.P n’est pas une superposition de références surannées et / ou micro-ondées; il y a dans ses structures anguleuses et enchevêtrements synthétiques un naturel, une spontanéité terrifiante. Notons, à toutes fins utiles, qu’Aphex Twin – celui qui déclarait il n’y a pas si longtemps de cela n’écouter que sa propre musique – a playlisté des tracks du duo à l’occasion de plusieurs DJ sets (Cf. lakker.com).
Pour ce qui est du contenu, l’acronymique BKRO ouvre l’E.P sans détour avec une Techno aride et viscérale à l’ombre de laquelle fleurissent d’inquiétants rosiers d’opale. ED poursuit sur une adroite combinaison de cliquetis métalliques, kicks ronds et nappes oscillantes au filtre ravageur, une progression exponentielle de bourrasques magnétiques et ondées d’azote liquide, implacable! Arc, track puissamment Technoïde, sonde un spleen abyssal serti de lueurs stroboscopiques et d’échos de mélodies sous-marines. Deep & dark à souhait. Après tout cela, l’arrivée d’Evening Lemon sonne comme une lampée de soda glacé par jour de gueule de bois, un cocktail Electronica désaltérant savamment mâtiné de sonorités acid(ulées).
Inconditionnels de Sheffield et de Berlin, soyez donc raisonnables, mettez vos putain de Persol et observez, éblouis, le futur se dessiner dans votre rétroviseur.
« (…) History demonstrates that a society free to borrow and build upon the past is culturally richer than a controlled one », Free Culture, 2004, Lawrence Lessig.
Tracklist
1. BKRO 2. ED
3. Arc
4. Evening Lemon
