Brick Lane, quartier Est de Laaandaaan taaaawn, anciennement zone industrielle, délaissée pendant des années, renait de ses cendres, car le moins qu’on puisse dire c’est que ce coin de la capitale anglaise vit une constante effervescence et n’a rien à envier aux autres quartiers plus « trendy » de la ville. On y trouve de tout, des bâtiments désaffectés, des squats, des graphs à foison, des disquaires de Drum and Bass, des marchés qui ne désemplissent pas…c’est un lieu rempli d’artistes, qui se mélangent, échangent, et duquel se dégage un « je ne sais quoi » qu’on ne retrouve pas dans le reste de la ville. Le dimanche, en plein après-midi, on peut sentir que les murs de certaines bâtisses du quartier tremblent, et c’est dans l’une d’entre elles, plus précisément au 93 Feet Street que nous allons ensemble, main dans la main, pénétrer.
Une fois avoir passé d’obscurs videurs qui scrutent scrupuleusement le contenu de nos poches et nous confisquent nos paquets de chewing-gums, on pénètre dans un lieu qui est à l’image du quartier tout entier, c’est joyeux, animé, bon esprit, un patio ouvert abrite une buvette et on peut même acheter des grillades préparées avec amour par quelques techno-boys anglais aux lunettes flashy et dont l’épiderme est recouvert de dessins indélébiles et de piercings. Mais ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas ici de chroniquer sur un concours de brochettes, mais bel et bien sur un des hauts lieux de création musicale de la perfide Albion, le Fuse. Car à côté cette sympathique terrasse se trouve une salle, une salle où la température avoisine les 2000°c (non, je n’exagère pas du tout), une salle où se joue un type de Techno encore assez méconnu en Europe, une salle où des danseurs chevronnés s’adonnent à des pas endiablés jusqu’à que le DJ joue son ultime morceaux, une salle où, sur environ 80m2, se cristallise ce qu’il reste de l’esprit Rave en Angleterre en 2012.
Comment parler du Fuse sans évoquer ses résidents ? Ils s’appellent Enzo Siragusa, Seb Zito, Alex Arnout, Rich NXT, ce sont d’authentiques DJs, qui manient les vinyles avec agilité, négocient des transitions de haute voltige, et produisent une musique bien particulière qu’ils qualifient de « moody ». Remarqués il y a déjà un moment par le label Desolat, et notamment cette DJette allemande qui a récemment connu une ascension fulgurante, tINI, nos amis du Fuse s’exportent de plus en plus outre manche et vont notamment être présents au côté du crew Desolat lors du grand, de l’immense, du pantagruellique Sónar. Ils vont aller y jouer cette musique qui n’est pas aussi sombre que la Deep, pas aussi fatigante que la nu-Disco, pas aussi facile que la UK Funky, cette musique qui peut tantôt se jouer au creux de la nuit, tantôt en plein after, et qui, j’en fait la gageure, sera reconnue comme mouvement à part entière dans quelque temps. La moody techno vient d’un lieu qui semble hors du temps, sorti d’une histoire à la Laurent Garnier du style « papa, papa, raconte moi encore une fois comment la Techno est arrivée en Europe ! », pourtant la musique qui en sort est bien réelle. Cette musique n’est pas le fruit d’une réflexion Marketing de types en cravates assis autour d’une table « eeeeeeeh si on remettait au gout du jour un truc qui se fait plus sur un beat énervé…ça pourrait le faire non ? Quoi ? La disco tu dis ? Impossible ! Quoique…Passe moi le Mercator ! », elle sort des entrailles des ces quartiers anciennement abandonnés et n’a pas uniquement vocation à être jouée sous les palmiers des îles espagnoles. La moody sent la sueur, la saleté, le bordel, ce que vous voulez, mais pas l’argent, ce qui lui confère une indéniable pureté que je vous invite, chers lecteurs, à croquer sans plus attendre.
Comme l’a si bien dit tINI lors d’un bref échange au Rex sur les origines de l’Univers et de cette musique « That’s Fusic ».
